L’envol de la cage : du cœur de la mêlée au Marathon pour Eric Casassus

par Sportagora
Eric Casassus

Depuis l’âge de 5 ans, Eric a toujours gambadé sur les terrains de rugby. Aidé par son gabarit (1,93 et il a largement dépassé le quintal dans ses plus belles années), il a joué au plus haut niveau national dans les équipes de jeunes au FC Oloron et à la Section Paloise. Sa carrière de joueur l’a ensuite ramené dans la mêlée du pack Oloronais en deuxième ligne, pour de belles saisons juste en dessous du niveau professionnel.  Encore jeune, à 32 ans il s’est lancé dans l’aventure du marathon … Ce qui a attiré notre attention : de la « cage » au marathon le parcours n’allait pas de soi !

L’arrêt du rugby, le passage à la course à pied

Lorsque j’arrête le rugby, je construis ma maison. Les entraînements réguliers, les matchs le week end, les soucis causés par la construction, je me sentais un peu grillé. Je n’arrivais plus à tout mener de front.

J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à aller en montagne, faire du vélo. Et puis un très bon copain, Mickaël Loustaunau, m’a initié à la course à pied. Nous avons commencé par de petits trails, puis le semi-marathon d’Oloron et ensuite le semi-marathon de Béhobie Saint Sébastien. Ces objectifs m’ont poussé à m’entraîner.

Sur le Béhobie- St Sebastien, la course s’est très bien passée. L’ambiance est tout simplement extraordinaire. Le public encourage les coureurs tout au long du parcours. L’arrivée dans la ville, tu te croirais sur une grosse étape du Tour de France !

A partir de là, cela a été un engrenage. Je suis passé à un entraînement quasi quotidien. J’éprouvais un gros besoin de me dépenser.

Tu aimes beaucoup aller en montagne, le trail est une discipline qui a littéralement explosé ces dix dernières années, tu vis et tu travailles entouré de belles montagnes, les Vallées d’Aspe et d’Ossau, les montagnes basques depuis Licq … et tu te lances dans la course sur route, le Marathon.

C’est vrai que j’ai la chance de vivre dans ce décor somptueux qui est un merveilleux terrain de jeu ! Mais, autant j’aime randonner en montagne, autant les forts dénivelés me font un peu peur au niveau de la course à pied … Ma morphologie, n’est pas trop adaptée à ce type d’efforts. Et quand je me compare aux très bons trailers, il n’y a pas photo !

Le COVID a également pesé sur mon orientation vers la course sur route. Pendant le confinement, comme tout le monde, je n’ai pu m’entraîner qu’à proximité de mon domicile ou de mon lieu de travail. Et puis, beaucoup de courses ont été annulées dans notre région et la plupart sont des trails.

Pour motiver mon entraînement ; me donner un but, j’avais besoin d’une compétition. Le Marathon de Paris avait été repoussé à la fin de l’année. Je me suis inscrit et j’ai coché cette date sur mon agenda … Mon objectif était de finir …

Tu dis aimer t’entraîner, mais pour le coup le Marathon exige un engagement et une qualité de préparation élevés. Comment t’es-tu préparé ?

Comme beaucoup de coureurs, j’ai trouvé des ressources en lisant des articles, en cherchant des programmes sur internet. Je me suis beaucoup appuyé sur le site du Marathon de Paris qui propose de nombreux plans d’entraînements en lien avec les temps « cibles » que se donnent les coureurs. Au début, je n’avais vraiment pas de repères. Je me suis donc très naturellement tourné vers le plan destiné aux débutants. Sans vouloir fanfaronner, je me suis rapidement rendu compte que les séances proposées n’étaient pas adaptées à mes capacités : c’était trop facile ! Je n’avais jamais besoin de puiser dans mes ressources : j’avais l’impression que je réalisais les séances de fractionné comme si j’étais en endurance …

Je me suis alors réorienté vers un plan qui visait un objectif de 3 H 30. Et là, c’était vraiment parti ! Le rythme avait changé : 4 ou 5 séances par semaine, des contenus variés : fractionné, endurance, sorties longues avec des objectifs de distances ou de temps, des séances récupération. Je me suis rendu compte que je m’entrainais plus que lorsque je jouais au rugby !

Est-ce que ton vécu de préparation au rugby t’a servi pour le marathon ?

Oui, très certainement. En tout cas, quand je jouais, j’avais ce goût du travail bien fait pendant les entraînements. J’avais des scrupules à manquer une séance. J’étais assidu. Mais j’étais aussi porté par le groupe. Nous avions un noyau dur de joueurs très impliqués, des compétiteurs qui ne lâchaient rien et qui aimaient le challenge. Et ça se voyait déjà dans la préparation.

Mais je dois reconnaître que ce n’était pas suffisant pour préparer un marathon. Cela restait un univers tout de même très éloigné de mon vécu sportif antérieur. Je me suis posé beaucoup de questions pendant ma préparation qui concernaient notamment la nutrition, l’alimentation en course, la récupération …

Et justement, comment as-tu envisagé ces problématiques qui n’étaient peut-être pas essentielles à tes yeux au moment où tu jouais deuxième ligne ?

Lors de mes dernières années de carrière, j’avais déjà perdu du poids. Mais c’était d’avantage lié à des moments de stress qu’à une réflexion sur des régimes appropriés. Pour le marathon, j’ai fait attention à mon alimentation, notamment aux matières grasses que j’ai essayé d’éviter le plus possible. Je crois aussi que le COVID a constitué une aide pour moi en limitant drastiquement les temps festifs entre copains …

Pour l’ensemble de ces questions, j’ai aussi trouvé des aides toujours sur le site du Marathon de Paris. Cela m’a rassuré également pour des questions très pratiques au moment de la course, pour la veille de la course. J’ai écouté des podcasts qui étaient vraiment très riches en réponses à mes doutes.

Comment as-tu géré cette première expérience ?

La course en elle-même s’est bien passée. Je dois dire que j’ai bien profité de cette visite guidée de Paris ! Départ sur les Champs Elysées, rien que ça !, la Concorde, place Vendôme, le Louvre, Tuileries, Bastille, château de Vincennes, Trocadéro, Tour Eiffel et Arc de Triomphe pour terminer …

Sur la course, l’ambiance est excellente. Des groupes musicaux animent plusieurs points de passage. Les ravitaillements sont très bien organisés. C’est une course dont l’organisation est parfaitement rodée. J’ai même eu le plaisir de recevoir les encouragements surprises de ma cousine Laure.

Comment as-tu réagi physiquement ?

Du point de vue du cardio, j’ai tout le temps été bien. J’ai quasiment réussi à tenir le tempo initialement prévu. En revanche, la quiétude du Bois de Boulogne avant l’arrivée a un peu entamé mon moral … Quant aux faux plats montants avant l’arrivée, je dois dire qu’ils m’ont fait très mal aux jambes ! J’ai donc vécu le fameux « mur du marathon » dont beaucoup de coureurs parlent. Mais c’est plus musculairement que j’ai craqué sur les derniers kilomètres. Tout à coup, mes jambes n’ont plus avancé ! Du point de vue de mon objectif des 3 H 30, je l’ai dépassé de 4 minutes … Mais j’étais satisfait de mon temps pour cette première.

Très rapidement après cette première expérience, tu participes au Marathon de La Rochelle …

Oui, c’est vrai que beaucoup de personnes m’ont questionné sur ce délai de 6 semaines entre ces deux marathons. Tout le monde me disait que c’était trop court et que je prenais le risque de ne pas avoir assez de temps de récupération, d’autant plus que je n’étais encore qu’un débutant sur cette distance. Mais je pense avoir bien géré cette période. Je ne suis pas reparti sur un gros travail de préparation, je me suis appuyé sur ce que j’avais fait avant Paris et qui m’avait permis de rentrer dans mon objectif de temps … à une poignée de minutes près ! Je me suis contenté de travailler un peu la puissance, le renforcement, pour essayer d’éviter de craquer musculairement sur les derniers kilomètres.

Franchement, je suis très content d’avoir fait ce choix de courir à La Rochelle parce que j’ai eu des sensations très positives. Je peux dire que j’ai pris plus de plaisir. C’est une course qui compte 8 à 9000 partants, dans une belle ville. J’ai fait le choix de courir avec un meneur d’allure sur les bases de 3 H 30. Cela m’a permis de ne pas être focalisé sur ma montre et d’être beaucoup plus décontracté. C’est finalement très sympa. Un groupe finit par se former autour de ce meneur qui connaît parfaitement le parcours, conseille, rassure, encourage, régule l’allure selon le profil. Cela restera un très bon souvenir. En plus pour faire le lien avec le rugby, j’ai reçu les encouragements de Laurent Dossat, actuellement entraîneur de Niort et avec lequel j’ai vécu de très belles aventures rugbystiques à Oloron. Cela m’a galvanisé comme lors des entrées sur le terrain !

Après ces premières expériences très positives, pour 2022, quels seront tes projets ?

En courant à Paris et à La Rochelle, je me suis rendu compte que ces courses étaient un joli prétexte pour visiter des villes et des sites magnifiques. Je comprends les coureurs qui programment leurs courses dans les grandes villes ou capitales d’Europe voire plus éloignées comme New York … Cependant, les budgets à consacrer pour les inscriptions et toute la logistique des déplacements et des hébergements peuvent un peu refroidir les envies …

Dans un premier temps, j’avais coché sur mon agenda la date du 5 juin : ce sera la première édition du Marathon de Biarritz, une course qui promet de ne pas être très simple à gérer du fait des dénivelés qui seront certainement assez conséquents, mais finalement, je me suis laissé le droit de passer l’hiver au chaud et de profiter des plats festifs … J’ai donc repris la course au printemps pour participer au Marathon du Cap Ferret au mois d’octobre, ce qui me permettra de parfaire ma découverte de la Côte Atlantique.

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