Jérôme Mirassou, co-vainqueur de l’Ultra de l’Euskal Trail : “Sergio m’a impressionné tout le long de la course”

par Sportagora
Jérôme Mirassou, co-vainqueur de l’Ultra de l’Euskal Trail : “Sergio m’a impressionné tout le long de la course”

Jérôme, tu as laissé éclater ta joie après cette première victoire sur un Ultra ?

Je dois avouer que j’ai pleinement savouré cette victoire et que ma montée sur le podium n’a pas été chose très facile … car les festivités ont démarré très vite à Baïgorri ! L’organisation de cette manifestation fait une large place à la convivialité que les coureurs et les accompagnateurs apprécient. Le beau temps étant de la fête, il était difficile de ne pas céder à l’appel des terrasses des bars sur la place du village !

Dans quel état d’esprit avais tu abordé cet ultratrail ?

Sur me deux premières expériences sur cette distance, j’avais connu des frustrations importantes : sur la Diagonale du Fou à la Réunion, je m’endors alors que je réalisais une belle course, à Madère j’abandonne après 80 kilomètres : j’étais malade, je n’avançais plus. L’Euskal était donc pour moi un premier gros objectif de la saison. Il fallait au moins terminer. Et pour cela réaliser une course prudente.

Et puis …

Au bout de 10 minutes de course à peine, Sergio Tejero, le coureur espagnol est parti … et je n’ai pas pu m’empêcher de suivre le rythme. Rapidement, l’écart s’est creusé avec les autres coureurs et nous avons eu jusqu’à une heure d’avance !

Quelles ont été les conditions de course ?

Les conditions n’ont pas été forcément très faciles car nous avons eu des portions très grasses, notamment dans les sous-bois et des passages dans les fougeraies, les pelouses où il pouvait faire une chaleur élevée et lourde. Sergio connaissait parfaitement le parcours, les différents points d’eau, les abreuvoirs et les ruisseaux dans lesquels nous avons pu prendre de l’eau pour nous asperger. Cela nous a permis de gérer relativement bien la grosse chaleur.

De fait, jusqu’à la fin, avec Sergio vous ne vous êtes plus quittés !

Il avait en tête de battre le record de la course, c’est-à-dire finir avant la nuit. Sur l’Euskal tu termines traditionnellement en rallumant la frontale … il voulait être le premier à ne pas avoir à le faire !

Il a vraiment mis les ingrédients pour réussir son pari. C’est un sacré coureur ! A un moment sur la fin de course, il y avait une portion relativement plate et roulante, nous avons couru à 16 km/h, ce qui est assez exceptionnel sur un ultra. Et tout cela alors que nos concurrents étaient au moins une heure derrière nous et que nous aurions pu assurer notre place.

Nous avons effectivement battu le record. Et nous ne sommes pas quitté.

Qu’est ce qui a conduit à cette complicité ?

Cette rencontre a eu lieu juste avant la course par l’entremise d’Emmanuel Passerat un ami de club qui connaît très bien Sergio et qui nous a présentés en disant tout le bien qu’il pensait de l’un et de l’autre.

Il m’a rapidement dit qu’Emmanuel est un grand bonhomme et que les amis de ses amis étaient ses amis …

Sergio m’a impressionné tout au long de la course par sa simplicité, son humilité et la gentillesse dont il fait preuve avec tout le monde. Sur ce type de course, tu as parfois des coureurs qui sont dans l’élite et qui se montrent peu sympathique avec les spectateurs, les accompagnateurs. Lui n’arrête pas de taper dans les mains des gens qui sont au bord de la piste et qui nous encouragent. Nous avons trinqué à plusieurs reprises avec des gens sur les ravitaillements.

Sur les 135 kilomètre, nous nous sommes encouragés. Il m’a guidé. Je lui passais de l’eau.

Le final peut être surprenant sur une compétition : vous avez terminé la main dans la main !

C’est vrai que cela peut surprendre alors que nous sommes en compétition et que nous avons des caractères de compétiteurs … Dans la dernière descente, j’ai coincé et il m’a attendu. Il aurait facilement pu me prendre 15 minutes sur l’arrivée. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre ! Même nos accompagnateurs ont sympathisé et se sont embrassés, Laurent mon suiveur et Nicolas mon coach ont terminé avec la famille et les proches de Sergio ! Des personnes qui ont assisté à ces moments ont dit que c’était très émouvant et que cela donnait la chair de poule !

Pourtant, Nicolas Boyer qui a été un gros compétiteur, a un très haut niveau mondial en aviron m’avait déjà dit qu’il ne comprenait pas que l’on puisse terminer un trail exæquo en se donnant la main … il a été, lui aussi, pris dans cette ambiance très particulière d’arrivée à Baïgorri.

Quel bilan tires-tu de cette première partie de saison avec cette superbe performance ?

Tout d’abord, il y a cet abandon à Madère. Cela devenait dangereux pour moi de continuer et j’ai préféré m’arrêter pour préserver ma suite de saison et ne pas l’hypothéquer. Ce choix que j’ai effectué, je sais qu’il n’est pas bien vu par tout le monde, mais je l’assume pleinement. Une fois que mes soucis gastriques ont été résolus, j’ai pu reprendre l’entraînement à un bon niveau au bout de deux semaines. Si j’étais allé au bout, je me serais détruit et j’aurai mis peut-être des mois à retrouver un état de santé satisfaisant.

Sur le triathlon de la Pyrénéa, ma deuxième place et mon temps sont de grandes satisfactions pour moi. Je ne pouvais rien contre le vainqueur qui est un cran au-dessus : champion d’Espagne de triathlon de montagne et dans les dix meilleurs mondiaux de cette discipline que je ne maitrise pas suffisamment pour lutter à armes égales avec lui.

Quels sont tes prochains objectifs ?

Le Grand Tour de la Vallée d’Ossau et une course en Suisse. 55 kilomètres, un très beau parcours avec une opposition de haut niveau. J’ai été invité par le trailer suisse Diego Pazos avec qui j’ai couru à Chamonix l’an dernier. Ces courses sont en fait pleinement intégrées dans mon planning d’entraînement en vue de l’UTMB. A l’issue de cette course, je resterai dans les Alpes, à cheval entre la Suisse et Chamonix pour un stage d’une semaine avec mes collègues de l’équipe Craft qui préparent également ce gros objectif.

Ce n’est que ta deuxième année sur des ultra, mais tu commences à accumuler une belle expérience de ce type de course.

Je commence à me rassurer sur mes possibilités et à bien maîtriser mes sensations sur l’entraînement. Par exemple avant l’Euskal, je sentais que j’étais bien. J’avais effectué deux grosses sorties de 80 kilomètres en montagne en deux jours avec des conditions climatiques exécrables et je sentais que tous les voyants étaient au vert tant du point de vue du physique que du mental. Les résultats de mes analyses de sang étaient également très bons.

Ce sont de gros points d’appuis pour moi … mais en même temps, je sais que sur un ultra, tout peut basculer sur un détail. A Baïgorri, je fais le choix de changer mes chaussures et mes chaussettes … heureusement parce que j’avais de grosses ampoules qui étaient en train de se former à cause de l’humidité et des frottements. Même chose pour l’assistance qui m’a engagé à mieux réguler mon hydratation. Si cela n’avait pas été le cas, les conséquences auraient été désastreuses avec cette chaleur.

Justement, on ne parle pas souvent du rôle de ces suiveurs qui font l’assistance des coureurs.

Laurent et Nicolas jouent un rôle primordial sur ces courses. Nous avons progressé sur notre coopération. En course, nous laissons beaucoup d’énergie, évidemment sur les efforts produits, mais également en mobilisant notre attention sur le balisage et sur le terrain pour éviter les chutes. Aussi, quand nous arrivons sur un ravitaillement … c’est le relâchement total ! Pour ma part, maintenant je me laisse faire : ils me ravitaillent, me rappellent le profil de la prochaine portion du parcours. Ma montre est remise à zéro, ils vérifient que je n’oublie rien en repartant …

Ce rappel du topo de la portion à venir aide beaucoup à scander la course sur un ultra. Il permet de définir des objectifs intermédiaires.

Comment se passe la récupération et la reprise de l’entraînement après un tel effort ?

La semaine après la course, je ne fais rien. Seulement une heure de vélo ou de nage pour prendre l’air. Ensuite ce sera deux semaines sans aucun choc, c’est-à-dire avec des sports portés. Pour certains c’est la natation, pour moi c’est plus souvent le vélo à raison de 3 séances de 1 H 30 hebdomadaires. Je ne reprendrai la course qu’au bout de 3 semaines et dans des conditions très douces sur du plat et un terrain souple.

Un ultra ne laisse pas le corps sans séquelle.

Le lendemain, je boîte. Les muscles sont noués. Tu ressens une fatigue générale très forte. Mais les douleurs parfois les plus difficiles à supporter et qui perdurent plus longtemps, sont celles liées à des brûlures dans le dos, les malléoles. Elles sont occasionnées par des frottements.

Tous les détails comptent sur les vêtements que tu portes : les étiquettes, les doublures, les sangles mal attachées. C’est pour cela qu’il faut porter ces vêtements et équipements de courses pendant les entraînements pour anticiper aux mieux ces petits désagréments … qui finissent par avoir des effets désastreux pour les coureurs. Combien d’ultra trailers abandonnent à cause de ce type de blessures ou d’ampoules !

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