Jean-Michel Subercazes au Marathon de Bordeaux 2019 : “la plus grande montée d’adrénaline m’est venue lors de la remise du dossard”

par Sportagora
Jean-Michel Subercazes au Marathon de Bordeaux 2019 : “la plus grande montée d’adrénaline m’est venue lors de la remise du dossard”

L’an dernier, Jean-Michel Subercazes a participé à son tout premier marathon, à l’occasion du Marathon de Bordeaux (dont c’était d’ailleurs certainement la dernière édition). Il a accepté de partager avec nous ses motivations, sa préparation et son expérience de la course.

Comment en es-tu venu à courir ton premier marathon ?

Je venais de traverser un moment difficile et courir un marathon m’a servi de défi pour tourner une page, comme un levier pour basculer sur autre chose.

J’avais déjà pratiqué la course à pied, mais jamais avec un niveau d’entrainement conséquent.

En termes de compétition, en course à pied, j’avais un tout petit vécu : quelques 10 Km, mais cette distance ne nécessite pas de préparation, à moins de viser une performance de temps et un semi-marathon sur Oloron.

Pour moi, dans le monde du sport, le Marathon a toujours eu une dimension un peu mythique. C’est pour cela que j’ai eu envie de me lancer.

Pourquoi ce choix s’est-il porté sur le Marathon de Bordeaux ?

En raison des manifestations et des troubles en mai et juin derniers, le Marathon de Bordeaux a été décalé en octobre. Le hasard faisait que mon fils arrivait à Bordeaux à la rentrée universitaire de Septembre. C’est ce qui m’a décidé à me lancer dans l’aventure : nous étions au mois de juin, j’avais 4 mois devant moi !

C’était l’occasion de me lancer, de réaliser ce défi. J’ai pris ma décision … un peu sur un coup de tête …

Tu as dû construire toute ta préparation sur une période très courte ?

J’ai commencé à me préparer 4 mois avant la date de l’épreuve. Ce qui n’était pas très raisonnable … j’en étais pleinement conscient de par mon passé sportif en compétition dans le cyclisme quand j’étais jeune.

Je suis passé à 3 ou 4 entrainements hebdomadaires, alors que je sortais d’une période avec seulement un footing par semaine.

Pour cette préparation, je me suis appuyé sur les conseils d’un beau-frère qui est un adepte des ultra trails, sur des lectures sur internet et des revues spécialisées.

Les deux premiers mois ont en fait constitué une remise à niveau : mon corps devait se réhabituer à courir sans être « cassé » au retour de la sortie d’entraînement.

Les deux mois suivants se sont plus rapprochés d’une préparation avec un travail à la fois de vitesse en utilisant le fractionné et un développement de l’endurance avec des sorties plus longues … Mais pour ma sortie la plus longue, en fait, j’ai couru 19 Km … J’étais bien loin du Marathon !

Comment te sentais-tu sur la ligne de départ ?

En fait, la plus grande montée d’adrénaline m’est venue lors de la remise du dossard. Là, tu te dis : tu y es, ce n’est plus un vague projet …

Pour moi qui ne suis pas habitué à fréquenter ces courses qui rassemblent plusieurs dizaines de milliers de concurrents, la masse des coureurs regroupés dans la zone de départ et tous les accompagnants et le public est très impressionnante. A Bordeaux, les départs du Marathon étaient regroupés avec ceux du Marathon en relais et du semi. Les coureurs sont regroupés dans des sas selon les temps envisagés ou les temps déjà réalisés dans d’autres compétitions. J’ai un petit peu grugé pour ne pas démarrer trop loin dans l’énorme peloton.

L’attente est très longue. Mais j’avais un peu l’habitude de gérer ces moments un peu spéciaux dans les compétitions de vélo.

Avant la course tu as l’impression que le temps s’arrête…. Mais j’étais avec ma famille les conditions étaient sympa.

Mais j’étais quand même taraudé par des appréhensions et des craintes : je partais dans l’inconnu, comment j’allais me comporter ? Est-ce que j’allais tenir ? … Et puis, le « mur » des 30 kilomètres, j’en avais tellement entendu parler !

Comment s’est passée ta course ?

Je suis parti dans le sas de 4 H 15. Les dix premiers kilomètres j’ai été un peu en dessous de ce que j’avais prévu du fait du nombre de participants au départ. Je me forçais donc à ne pas doubler à bien garder ma ligne de course.

Les premiers kilomètres sont quand même très compliqués, tu as des concurrents qui tombent en prenant des trottoirs, qui trébuchent. J’avais programmé mon chrono à 6’30 au kilomètre. Dans les premiers kilomètres, tu peux facilement te griller en doublant des concurrents, en zigzagant. Il faut essayer de rester calé sur ton allure et ta ligne de course.

Entre le kilomètre 10 et le kilomètre 20, j’étais sur mes prévisions, entre le 20 et le 30 j’étais un peu au-dessus.

J’ai aussi écouté les conseils de mon médecin qui est aussi marathonien qui me disait de m’arrêter à tous les ravitaillements, au moins pour boire.

Mon objectif était clairement de terminer. Du point de vue du temps, j’avais misé sur 4 H 15. En fait, j’ai couru les 12 derniers kilomètres, en 1 H 30 ! Sur la base des temps de passage jusqu’au 30ème, j’étais en 4H, 4H10.

… Et puis arrive le 30ème kilomètre, le fameux ! Je n’ai pas senti venir le « mur » … J’ai juste perçu quelques indices qui ont fini par m’alerter : quelque chose de pas normal se passait, c’était au début assez indéfinissable. Ce qui m’a alerté par exemple, c’est que j’allais à peine un peu plus vite que des gens qui marchaient tout à fait normalement au bord du parcours. Plus tu avances et plus tu vois que les photographes te mitraillent … à toi. Par parenthèses quand tu vois ces photos prises dans les derniers kilomètres, c’est limite effrayant : ma tête … je suis un mort vivant qui essaie de courir !

Entre le kilomètre 33 et le 42, j’ai un gros passage à vide, un blanc. Mais j’arrive au bout … je serre les dents … Ma fille m’a rejoint pour courir les 200 derniers mètres avec moi. Cela a été un moment fort émotionnellement !

Quelques mois plus tard, que te reste-t-il de cette première expérience ?

Quand je fais un retour sur ma course, je me rends compte que j’ai toujours couru en écoutant mes sensations. C’est aussi ce qui m’avait permis de ne pas me blesser pendant ma préparation : j’étais très attentif aux douleurs ressenties et je régulais.

Pendant la course, du point de vue cardiaque, j’étais très en dessous de ma VMA, cela prouve que j’avais une grosse marge de progression à ce niveau-là par rapport à mon potentiel. Mais je ne regrette absolument pas mon temps parce que mon objectif était clairement de finir.

Ensuite, je peux dire que pour une première expérience, je n’ai vraiment pas regretté mon choix de Bordeaux. D’abord cette vielle est magnifique et le marathon se court de nuit, ce qui est assez rare, je crois, et j’ai beaucoup aimé courir dans ces conditions. La météo était parfaite aussi. Dès le départ, et jusqu’à la fin de la course, il y avait partout beaucoup de monde pour nous encourager. C’était très festif. J’ai terminé vers minuit et la zone d’arrivée était encore noire de monde !

Tu étais satisfait d’avoir relevé le défi !

Bien sûr ! Ce vécu est très intéressant d’un point de vue personnel. Je me suis rendu compte que j’étais capable de rester dans ma bulle, de rester concentré sur ce que je devais faire, sur les erreurs à éviter. De me dépasser aussi, malgré une préparation qui était très en deçà de ce que ce type d’épreuve exige ! C’est très intéressant, cela permet de mieux se connaître.

Humainement, le fait d’avoir partagé cette expérience avec ma famille, ma fille qui vient terminer l’épreuve avec moi … ce sont des sensations très fortes.

Physiquement, comment as-tu réagi à un effort si inhabituel ?

Il est évident que ma préparation n’était pas suffisante, mais j’en étais conscient avant le départ ! Je l’ai payé un peu plus tard par des douleurs tendineuses.

Ce qui est surprenant, c’est que pendant la course, je n’ai pas ressenti de douleurs, seulement quelques raideurs au niveau des hanches, mais rien au niveau des genoux, des muscles des jambes. J’ai même repris de trottiner 3 jours après l’arrivée !

Tu te projettes sur d’autres expériences sur des marathons ?

Je voulais courir un marathon et suivant comment cela se passait, j’envisageais la possibilité d’en courir d’autres. Aujourd’hui, je suis dans l’optique de participer à une ou deux épreuves par an. Mon objectif serait d’en profiter pour découvrir de grandes capitales européennes.

En 2021, par exemple, pour mes 50 ans, j’ai ciblé le Marathon de Paris qui est un peu mythique pour moi. En mon tout prochain objectif sera le Marathon de Toulouse le 17 octobre, si tant est que la période de confinement soit terminée et que les organisateurs le maintiennent.

Mon rêve serait de courir le Marathon de New York … mais le ticket d’entrée est à minimum à 3000 euros, bien plus en comptant tous les frais annexes … Il faudra voir si les finances suivent !

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