Didier Zago : l’homme au grand cœur qui tutoie les sommets

par Sportagora
Didier Zago : l’homme au grand cœur qui tutoie les sommets

4e ce week-end à Orcines lors de l’épreuve qualificative aux championnats du monde qui auront lieu en Patagonie le 15 novembre prochain, Didier devrait être une nouvelle fois de la partie avec ses camarades de sélection. À 41 ans, l’Oloronais licencié aux Esclops d’Azun semble plus en forme que jamais, se bonifiant au fil des ans comme un grand cru. Cyclisme, cross, route, VTT et sa spécialité la course en montagne : aucune discipline ne semble résister à sa « caisse » hors du commun.  Un niveau de performance associé à une discrétion et une gentillesse sans faille. À travers cet entretien, Didier nous livre sans détour son point de vue sur l’évolution de la course, nous décrit le petit monde élitiste de la course en montagne, sa carrière et son boulot. Comment ce salarié de l’AAPMA aux journées professionnelles bien remplies jongle entre son boulot et le sport de haut niveau? Deux titres de champion de France n’auront jamais eu raison de sa simplicité, si rare à ce niveau de performance. Kapp10 a tenté d’y voir aussi clair que les yeux de l’intéressé.

Didier,  à 41 ans tu as vécu une nouvelle saison faste avec notamment un nouveau titre de champion de France de Montagne à Saint Gervais. Quel est ton ressenti ?

Effectivement, malgré quelques pépins physiques, cette saison est en passe d’être une des plus aboutie en termes de résultats sur des formats et disciplines variées. Le titre de champion de France de montagne vient me consoler d’une saison hivernale compliquée. Je sauve les meubles en cross avec une 11e place aux France chez les vétérans sur les talons de coureurs très costauds. Cela laissait présager le meilleur pour la suite. J’ai participé au nouveau 10km de Fontarabie (31’34) juste avant ma victoire aux France. Je suis arrivé sur les championnats d’Europe à Zermatt en grande forme mais une fracture d’une côte m’a enlevé tout espoir de lutter avec les hommes de tête. J’ai remporté également la montée de l’Aubisque avec un temps raboté de plus de deux minutes par rapport à l’année dernière  et diverses victoires sur des Kilomètres verticaux. Je me suis également laissé prendre au jeu des montées sèches en vélo de cols basques organisées par Krono Eskaladak (NDLR : 25km/h de moyenne lors de la montée d’Ibañeta sans vélo la veille de la course !) J’ai également pris part à l’étape de la montée Ahusquy du Tour de Soule avec également une victoire à la clé.

Didier, entouré de ses camarades de sélection en 2018 lors des championnats d’Europe. Chaussures neuves de rigueur à ce niveau de compétition!

Tu es un coureur discret, dont on entend très peu parler sur les réseaux et dans les médias. Après 20 ans d’immersion dans le milieu, quel est ton regard sur l’évolution de la course en général ?

Réfractaire à l’idée d’utiliser les réseaux sociaux en général, je dois avouer que je suis très mal à l’aise avec toutes ses données, photos, informations qui circulent un peu n’importe où. Il me semble que STRAVA a profondément modifié la pratique compétitive du sport. La valeur « travail » liée à la performance semble basculer vers la valeur image fortement insufflée par l’essor du trail. Il me semble que ces outils permettant de se comparer en permanence génèrent énormément d’aigreur et de jalousie chez certains coureurs. Pratiquant le sport depuis mon plus jeune âge en compétition, j’avoue être un peu dérouté par l’attitude de certains coureurs sur les courses, préférant enchaîner des performances sur STRAVA quitte à ne pas être au top le jour J. Où se trouve le respect pour l’organisateur et des concurrents ? Cette reconnaissance croissante de la performance informelle me dérange.

Justement, en restant éloigné du monde virtuel, arrives-tu à trouver des sponsors ?

Je préfère également rester loin des sponsors pour conserver mon indépendance et ne pas me sentir redevable de quoi que soit auprès de marques ou magasins. J’ai couru sous une marque il y a quelques années, mais je n’ai plus aucun contrat et je suis très fier de représenter mon club sur les courses. Je paie mes chaussures et mes vêtements, comme tout le monde… ou presque !

la montagne, des mollets et… le maillot des Esclops!

La valeur associative semble essentielle pour toi, peux-tu nous parler de ton club ?

Les Esclops d’Azun est un club FFA basé à Arrens Marsous spécialisé dans la course en montagne de par sa situation géographique, mais également bien représenté sur les cross. Avec notamment Nicolas Apiou, Loïc Robert ou Paul Iratzoquy, nous formons une belle équipe compétitive en montagne et en cross. L’ambiance est également très saine : durant mes périodes de blessures, c’est un plaisir de faire le chauffeur et d’accompagner les copains comme cette année lors de la manche du TTN des Buis les baronnies ! Nous représentons les couleurs du club en jouant le jeu sur toutes les courses : on y va à fond !

Peux-tu nous parler de cette discipline qui semble évoluer de plus en plus dans l’ombre du très médiatique trail ?

La course en montagne est une discipline reconnue par les instances fédérales et l’IAAF depuis 30 ans. Les formats sont généralement courts avec beaucoup de dénivelés. Contrairement à l’Italie et l’Espagne, la discipline reste confidentielle en France. Elle attire des coureurs qui viennent généralement des autres disciplines officielles (cross et pistes), des coureurs « du cru » en quelque sorte. Les stages sont l’occasion de se retrouver entre coureurs attachés aux valeurs traditionnelles du sport et de créer une communion entre athlètes. Cet état d’esprit est parfaitement en phase avec ma vision de l’effort : sobre, associatif visant la performance.  Nous subissons un  manque de reconnaissance malgré le niveau général. C’est comme ça…

Ta carrière s’est construite en marge d’une activité professionnelle à temps plein. Peux-tu nous expliquer l’organisation de tes journées ?

Je suis salarié de l’association AAPPMA qui agit pour  la protection du milieu aquatique. Nous recensons les poissons et restaurons les berges. À travers mon poste, je suis également garde pêche. Les journées peuvent être longues, mais je prends un plaisir énorme au travail. A contrario, certaines journées sont allégées et m’aide notamment pour la récup’. Mes horaires sont assez libres avec un employeur conciliant . J’arrive quand même à m’entrainer malgré un périmètre de travail qui s’étend de plus en plus. Ma passion de la course doit s’imbriquer au mieux avec ma profession. Je pose mes congés pour les stages de l’équipe de France comme cette année dans les Vosges et après 20 ans d’expérience, la gestion du calendrier est bien rodée! J’ai la chance de pouvoir allier plaisir et performance avec un volume acceptable d’entrainement: 1 heure, 5 fois par semaine entre 60 et 80km en moyenne le plus souvent seul. Je passe quand même quelques séances de pistes avec les jeunes coureurs qui vont vite dont Kevin Martins qui me donnent du fil à retordre sur la piste cendré à Oloron !

Tu participeras à la Skyrhune samedi prochain, comment abordes-tu cette course dont la victoire te résiste toujours ?

Pourtant c’est une course qui m’a plutôt bien réussi,(2 fois 3ème) mis à part un abandon la 1ere année. La course est très plaisante, mais également très exigeante surtout lorsque la chaleur vient mettre son grain de sel ! Niko (NDLR : Darmaillacq, organisateur de la Skyrhune) est un bon copain, je me dois de bien faire en donnant le meilleur de moi même. J’aime la confrontation avec les meilleurs, cette année l’italien Magnini ou Thibaut Baronian devrait être de la partie. Le défi me plaît et j’arriverai dans un excellent état de forme.

Didier, peux-tu nous faire un descriptif de ton passé de sportif ?

ntJ’ai commencé par le VTT à 14 ans où je trustais les podiums régionaux en cadet. Durant mes années espoirs je jouais le top 10 national loin derrière Miguel Martinez (champion du monde et olympique en 2000) et Jean Christophe Péraud (vice-champion olympique en 2008). j’ai finis ma carrière cycliste à l’Aviron Bayonnais qui restera mon club cycliste de cœur, peut être un de mes meilleur souvenir de vélo avec des gens qui comptent encore pour moi. J’ai arrêté le sport pendant 5 ans pour reprendre sérieusement en 2007. Les résultats sont revenus très vite au point d’intégrer la sélection aragonaise de course en montagne. En 2010, je décroche ma 1ere sélection en équipe de France et celles-ci se sont enchaînées. L’année suivante je suis champion de France chez moi à Tardets et j’accroche une 6e place au Championnat du monde en Albanie. À côté de la montagne, je livre de belles prestations en cross avec notamment une 7e place aux interrégions en 2010.

Droit dans ses bottes et dans la pente!

Avec toutes ces courses auxquelles tu as participé, tu as bien une anecdote pour nos lecteurs?!

Les anecdotes cyclistes sont souvent les plus délicieuses! J’évoquerai un très beau souvenir en 2000 lors d’une cyclo de 180km avec l’ascension du Tourmalet et du Soulor : le défi Pyrénéa. 2 professionnels sont au départ dont le russe Alexandre Botcharov qui était parmi les meilleurs du peloton pro. Nicolas Portal actuel directeur sportif d’INEOS est également du voyage. Je me sens pousser des ailes dans l’ascension du Soulor et je passe devant les pros! Je finis par faire second de la cyclo derrière Alexandre Botcharov. Avec mon niveau régional à l’époque, tout le monde fût surpris de la perf, moi le 1er!

Vous avez dit complet ?!

En bonus une vidéo sur Didier pour son titre de champion d’Europe par équipe en 2017

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