Ma première sur l’Euskal Trail – Sébastien Rolos : “Une préparation éprouvante, mais passionnante !”

par Sportagora
Ma première sur l’Euskal Trail –  Sébastien Rolos : “Une préparation éprouvante, mais passionnante !”

Sébastien Rolos est un trailer que nous avons déjà rencontré il y a de cela deux saisons. Il a depuis évolué sur le type de course auxquelles il participe, jusqu’à courir son premier Ultra lors de la dernière édition de l’Euskal Trail, un des trails phare au Pays Basque tous les ans. Il évoque avec nous sa préparation.

Sébastien, comment en es-tu arrivé à préparer ton premier Ultra ?

Très franchement sur mes trois premières années de course à pied, je n’avais jamais envisagé courir un Ultra ! Ces distances me semblaient totalement folles !

Quand je regardais des reportages sur la Diagonale des Fous, sur l’UTMB, je disais à ma femme, mais ils sont malades ! Même sur l’Euskal, j’ai couru le deux fois 25 km avec un ami, quand nous étions dans la voiture pour prendre le départ et que l’on voyait les frontales sur le Jara, je disais, tu vois ils sont partis à 5 H et à part les premiers, ils ne seront pas de retour avant 5 ou 6 H demain, ils sont fous !

Et deux ans après, j’y étais avec ma frontale !

Comment s’est effectué ton évolution vers les longues distances ?

J’avais commencé sur des distances de 15, 20 Km pendant deux ans et ensuite, entraîné par mon beau-frère qui voulait partir sur des formats plus longs, je me suis inscrit sur des courses comme le Marathon du Gabizos : 50 km et 4000 D+, le Grand Tour de la Vallée d’Ossau : 74 km et 5000 D+.

Pour moi qui n’avais jamais dépassé les 25 km en course, cela constituait déjà un gros chantier ! Et finalement, c’est passé nickel ! A petite allure, mais pas de coup de mou, pas de blessure. Je me suis rendu compte que j’appréciais ces efforts plus longs, mais moins intenses. En fait, je souffre plus sur des 25, 30 kilomètres, sur lesquels je suis presque à la rupture, alors que sur un Ultra, tu gardes toujours un peu de jus pour terminer. C’est plus long, peut-être plus éreintant mécaniquement, mais je « casque » moins que sur ces formats plus courts.

En plus du GTVO, j’ai commencé à insérer dans mon programme quelques courses de 50, 60 km, comme le Montanaspe par exemple. Ensuite, j’aurais souhaité basculer plus progressivement sur la tranche supérieure, sur 100 km. Mais la seule course qui me soit facilement accessible géographiquement, c’est le Grand Raid des Pyrénées. Gros souci, le GRP est programmé fin août, et l’été pour moi n’est pas forcément synonyme d’une hygiène de vie parfaite… Ce sont des choix personnels et familiaux, je n’ai pas envie de sacrifier mes vacances pour de la préparation. C’est quand même un gros investissement : j’ai passé quatre gros mois pour préparer l’Euskal. Tu charbonnes !

Tu as beau dire ce que tu veux, mais quand tu programmes une sortie longue le week end, de 6, 7 H, la veille, tu fais attention. Je ne voulais pas imposer ça à ma famille… ni à moi d’ailleurs.

Du coup, j’ai ciblé l’Euskal, fin mai, bien placé dans l’année.C’est 130 Km, … c’est plus que ce que j’avais envisagé dans un premier temps, mais je ne trouvais pas le dénivelé excessif. 7500m, le GTVO fait 5400m, en comparant les deux, il y a quasiment le double de distance avec 2000 m de dénivelés de plus. C’est plus long certes, mais les pentes sont peut-être moins impressionnantes que sur le GTVO. Nous sommes allés vérifier en reconnaissant le parcours, 90 km sur les 130. Je ne dirai surtout pas que le parcours est facile, mais ce sont les montagnes Basques, tu prends 500, 600 m, tu n’es pas sur des murs comme sur le Rey, Arriutort ou le Jaut en Vallée d’Ossau sur lesquels tu prends quasiment1000m d’un trait.

Ma progression sur les distances s’est donc réalisée par étapes … même si la bascule 75, 130 a pu être plus violente.

Une fois que tu as que l’Ultra de l’Euskal est devenu ton objectif, comment t’es-tu préparé ?

Pour ma préparation, je coupe généralement en octobre.Puis en novembre et décembre, j’ai repris sur mon mode de trois entrainements par semaine. Sur un second temps, en suivant les conseils de Jérôme Mirassou qui était en remplacement dans mon école à ce moment là, j’ai basculé sur 4 séances hebdomadaires. Il m’a conseillé sur la répartition des séances, les contenus, et m’a demandé mes possibilités pour en augmenter le nombre. Pour moi, ce qui était dans le domaine du possible c’était de passer de 3 à 4 séances en insérant un entrainement entre midi et deux. J’ai donc gardé mes deux séances du soir et ma sortie longue du week-end et j’y ai ajouté une séance de fractionné entre midi et 14h pour travailler la vitesse. Mais la priorité c’était le volume horaire de la sortie longue pour s’habituer à courir longtemps. J’ai démarré sur des sorties entre 3 et 5 h, et sur les deux derniers mois entre 5 et 7 H, soit environ 45km et entre trois et quatre mille de positif.

Pour moi cela a impliqué d’aller en montagne pour trouver des espaces propices pouvant répondre à ces caractéristiques. La Vallée d’Aspe, la Vallée d’Ossau, te proposent ce type de profils autour de Bedous, Laruns ou sur le cirque de Lescun par exemple.

Nous sommes aussi allés sur le secteur de l’Euskal, je voulais à tout prix reconnaître le parcours. L’avantage c’était aussi de découvrir des montagnes que je ne fréquente que très rarement et puis tu apprends où tu vas mettre les pieds pendant la course ! Quand j’ai pris le départ, j’avais reconnu les 90 premiers kilomètres et je connaissais déjà les 13 derniers qui sont communs aux parcours que j’avais déjà courus sur le 2 X 25. Il n’y avait que 30 kilomètres que je ne connaissais pas.

Franchement quand tu connais le parcours, quand tu sais où il vaut mieux s’économiser, quand tu as repéré les difficultés, les endroits sur lesquels tu peux un peu te lâcher parce que derrière suit une portion facile, c’est un gros avantage et c’est rassurant.

J’en ai bien profité, j’ai découvert des boucles magnifiques, les crêtes d’Iparla, les crêtes frontalières sur le secteur de Roncevaux ou d’Arneguy, c’est somptueux !

Le but était d’habituer mon corps à courir longtemps par rapport à ma pratique sur ces dernières années. Pour l’Euskal les sorties longues de 6 à 7 H sont en prévision de durées de course de plus de 20, 24 H.

Le corps a une mémoire de ces efforts longs, il faut l’y habituer. J’ai complètement modifié mes repères en ce qui concerne la longueur de mes entraînements. Dernièrement, j’étais en Vallée d’Aspe, nous avons couru 3 H 30, à l’arrivée je n’avais pas le sentiment d’avoir couru longtemps. Je me sentais bien

Comment t’es-tu préparé au niveau de la gestion de l’alimentation, l’hydratation et tous ces facteurs qui prennent une importante capitale sur un Ultra ?

Lors de ces sorties longues, j’ai aussi testé mon alimentation, mon hydratation, des aspects techniques aussi, comme l’utilisation des bâtons. Tous ces aspects étaient nouveaux pour moi. Pendant 4 mois, je m’y suis mis à fond, je n’ai pas fait semblant !

Du point de vue de l’alimentation en course, j’ai aussi complètement modifié mes habitudes. Je me suis rendu compte que je faisais un peu n’importe quoi et que je ne faisais que reproduire ce que je voyais chez les autres : les gels énergétiques à profusion, les gâteaux sports pour le petit déjeuner. Je mangeais des barres de céréales parce que je voyais que dans les courses à pied, les autres en avalaient … Et puis, ces observations étaient confortées par ce que je lisais sur internet.

Finalement, je me suis rendu compte, à l’usage, que ces gels, ne me convenaient pas du tout ! Tu peux en avoir un dans le sac en cas d’un coup de fatigue pour donner un coup de fouet. Mais ces gels, ils te donnent un coup de boost pour une demi-heure et après tu as un gros coup de mou. Il vaut mieux absorber des sucres beaucoup plus lents qui vont t’amener des apports réguliers pendant une heure, une heure et demie. Les barres de céréales, je me forçais à en manger, mais je n’arrivais pas à déglutir. Je n’avais aucun plaisir à les consommer. Jérôme m’avait conseillé de me focaliser sur des aliments que j’appréciais, et que je mangeais facilement, qui ne me donnaient pas de maux de ventre. C’est amusant, parce que ce que je consommais facilement ce sont les compotes de ma fille ! Pour ce qui est du salé, j’ai aussi réalisé que je faisais n’importe quoi sur les gros ravitaillements : saucisson, biscuits salés … Le plaisir était immédiat, mais au bout de 20 minutes, j’avais des soucis de digestion. J’ai testé beaucoup de choses pendant les sorties longues : des barres salées, de l’eau salée : j’avais l’impression de boire la tasse dans l’Océan, je ne supportais pas ça. En échangeant avec un copain, j’ai fini par tester des petits pains briochés avec du jambon et du fromage. La brioche fond dans la bouche, j’ai mes apports en sel et je mange avec plaisir. Je me suis préparé ces minis sandwiches et je les ai répartis sur plusieurs ravitaillements.

Sur l’ultra, je n’ai pas touché à ce qui était proposé aux ravitaillements, j’avais mon assistance qui me remplissait mes trois flasques d’eau, me donnaient mes compotes, pâtes de fruit et mon sandwich que je consommais de suite. Je n’ai pris que le repas proposé à mi-parcours sur la base de vie. Cet arrêt m’a également permis de bien récupérer au bout de 75 kilomètres.

Ces sorties longues m’ont permis aussi de me caler sur la quantité d’eau que je devais prendre. S’il est inutile de porter de l’eau en trop grande quantité, si tu as le malheur d’en manquer tu peux dire que ta course est terminée ! La déshydratation ne pardonne pas ! J’ai pu aussi affiner mes besoins selon les horaires dans la journée. Au petit matin, tu bois un peu moins, il fait un peu moins chaud. Sur la fin de matinée, je consommais plus. J’ai pu mesurer ma consommation moyenne et me caler sur 4 flasques pour 3 heures, sans avoir besoin de m’alourdir inutilement.

Tout un travail sur l’équipement a été réalisé. Je dois dire que c’était super intéressant. Lors de ma première sortie longue, j’ai couru avec un maillot de mon club avec un zip et une attache métallique qui, sans que je m’en rende compte au début, m’a occasionné un énorme frottement avec la bretelle du sac. J’ai ensuite couru certaines portions en me tenant cette bretelle pour ne pas qu’elle frotte sur la brulure qui me faisait vivre un calvaire… J’ai noté sur un petit cahier : pas de zip !

Lors de ma septième sortie, j’ai pris la plus grande partie du matériel obligatoire parce que je voulais voir si mon gilet hydratation avait une capacité suffisante. J’avais aussi un problème de poche pour mettre les déchets des emballages. Un ami avait un maillot VTT avec 3 poches c’était donc pratique, tu ne perdais pas de temps pour les déchets … mais il y avait un Zip. J’ai fini par tester un maillot de triathlon avec des poches … et sans Zip.

Autre problème : les bâtons. Sur le sac que j’avais acheté, il n’y avait pas de système pour les accrocher facilement. J’ai regardé ce qui existait sur le marché et j’ai acheté un carquois qui permet de remettre aisément les bâtons dans les descentes. Je pense que la préparation sert bien entendu prioritairement pour se mettre à niveau physiquement, mais elle est aussi primordiale pour tout ce qui est test de l’alimentation, de l’hydratation et toutes les questions matérielles d’équipement. Ces points ne sont pas forcément très importants sur les courtes distances, mais ils deviennent primordiaux sur un ultra ! Pour une couture mal placée, si tu commences à sentir des brûlures au bout de 2, 3 heures, sur un ultra cela va devenir l’enfer !

De même pour les pieds aussi, bien entendu : à partir de quel moment tu enlèves tes chaussures, tu mets de la crème, tu changes tes chaussettes pour en mettre des sèches. Moi, je courais comme un sanglier !A la fin de certaines courses je terminais avec des ampoules partout. J’ai fini par comprendre que les coureurs que je qualifiais de précieux,et que je voyais s’embêter à passer autour des flaques, des zones de boues, en fait, cela leur permettait d’avoir le plus possible les pieds au sec … Certes, je gagnais une poignée de secondes, mais les pieds mouillés finissaient par macérer ce qui entraîne des crevasses, des ampoules. Sur les courses de plus de 12 heures, cela va entraîner inévitablement des douleurs insupportables. Sur l’Euskal, j’ai essayé d’éviter le plus possible les terrains humides et quand ce n’était pas possible, je m’arrêtais aux ravitaillements pour changer les chaussettes et passer un peu de pommade.

A chaque retour de sortie je prenais des notes sur ce que je ressentais. Par exemple, j’ai vu comment je réagissais avec la boisson isotonique. En ce qui me concerne, je la tolère très bien, même si en fin de course, le goût citronné commençait à me devenir désagréable.

Sur mon premier trail long, au Gabizos, je m’étais rendu compte que je ne maîtrisais rien de ces différents paramètres, alors que là sur l’Euskal, quand je fais le bilan, je vois que tout a été  bien anticipé. Les ravitaillements étaient très bien préparés, la tâche des suiveurs en était d’autant facilitée. Ils avaient une poche avec des chaussures de rechange, des chaussettes, des médicaments en cas de mal au ventre, des secondes peaux pour les ampoules, ils devaient l’avoir dans le sac pour tous les ravitaillements et ensuite en suivant la chronologie des ravitaillements, la poche avec la nourriture et bien sûr la réserve d’eau.

Le fait d’avoir reconnu les différentes parties de la course a bien sûr constitué une aide importante pour constituer les contenus de ces différentes poches en fonction de l’anticipation des besoins selon la portion à venir.

Toutes ces réflexions, l’anticipation du plus grand nombre possible des paramètres, les échanges avec d’autres coureurs, les lectures et bien sûr les conseils avisés de Jérôme ont rendu cette préparation vraiment passionnante ! Je me suis régalé … même si j’en ai bavé !

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