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    Mon premier Euskal Trail –  Sébastien Rolos : “J’ai envie de courir d’autres ultras, j’ai adoré !”

    Après nous avoir décrit sa préparation pour ce « saut » dans le monde de l’Ultra, Sébastien Rolos a échangé avec nous sur le déroulé de cette compétition qui attire des milliers de coureurs et une nuée de suiveurs sur les magnifiques montagnes basques autour de la vallée de Baïgorry sur ce qu’il en a retenu pour ses futurs projets.

    Maintenant que plusieurs mois ont passé depuis cette belle aventure, peux-tu nous dire ce qui te reste comme moments forts ?

    Quand nous étions sur la ligne de départ, l’Ultra était encore un monde inconnu pour moi. Mais je dois dire qu’avoir eu le loisir d’avoir reconnu une grande partie du parcours avait un peu atténué pour moi l’inquiétude de cet inconnu.

    Ce qui reste, c’est bien sûr la course dans ces paysages magnifiques, toute la réflexion sur la préparation, la stratégie de course. Mais je crois que le plus fort c’est le côté humain.

    Nous étions trois copains à nous engager ensemble sur ce défi. L’un d’entre nous a été obligé d’abandonner au bout de 40 kilomètres. Déshydraté, il vomissait. Les médecins ne l’ont pas laissé repartir. Cela te rend très triste pour lui, et très humble aussi, parce que ce n’était pas le moins bien préparé ! Cela veut dire que sur un Ultra tout le monde est à la merci de ce type de souci que tu ne peux pas anticiper.

    Mais avec le second, Raymond Trey, nous avons passé plus de 24 heures ensemble ! Nous avons vécu des moments extraordinaires. Ma femme et certains de mes meilleurs potes nous rejoignaient sur les ravitaillements. Ils essayaient de venir à notre rencontre et ils ont même réussi à courir quelques tronçons avec nous, cela a constitué des moments de partage géniaux ! C’est une expérience inoubliable !

    Tu as obtenu une jolie place pour une première.

    Nous finissons 60 èmes sur plus de 500 partants. On est contents, mais je dois dire que la place nous importait peu à l’origine. L’objectif clairement affiché était de terminer et surtout, de prendre du plaisir. Parce que, très sincèrement, sur un ultra, tu peux vivre un enfer ! Sur un trente bornes, tu exploses, tu te dis, il t’en reste 12 à faire, tu coupes ton allure et tu finis. Mais sur un 130, quand au 45 ème tu prends un ticket … Quand j’ai vu mon pote se décomposer au bout de 40 kilomètres, il ne s’est pas posé la question de repartir ou pas. Il restait 90 bornes, tu abandonnes !

    J’ai terminé et nous avons vraiment pris du plaisir. Quant à la question d’aller plus vite, évidemment, nous avons une marge de progression, mais finir à cette place, c’est en plus une grande satisfaction ! Franchement, je n’avais aucune idée de la place que nous occupions et je ne n’en n’ai pris connaissance que sur le tableau à l’arrivée.

    Est-ce que tu avais des repères de temps sur ce premier Ultra ?

    Si la place n’était pas un objectif, le temps était un repère, pour nous, pour notre allure et aussi pour notre assistance. Nous avions fait le choix de faire un premier bilan après six heures de course, pour vérifier si nous n’avions pas été trop gourmands et surtout pour permettre à nos suiveurs de se réguler. Dès le passage aux Aldudes, après 40 km, on a bien vu qu’à quelques minutes près, nous étions sur nos temps cibles.

    Nous avons couru au ressenti, nous nous sommes refusés à nous caler sur la montre ou le cardio. Certains coureurs s’appuient sur ces repères, mais j’ai du mal à courir au cardio. Quand j’ai commencé à travailler sur du fractionné long, pour préparer la Pyrénéa, cela m’a effectivement aidé à ne pas faire la bascule au-delà de laquelle tu vas te cramer. Peut-être qu’avec plus d’habitude de me servir du cardio, j’arriverais à mieux progresser et à mieux maîtriser ces valeurs mais pour le moment ce n’est pas le cas. Sur le long, je cours au ressenti : ne pas trop tirer dans les montées pour ne pas cramer les cuisses, ne pas trop taper dans les descentes pour mieux repartir …

    Nous avons réussi à réguler nos temps de passage. Nous avons su un peu couper notre allure sur les passages exposés aux grosses chaleurs. Nous n’avons pas été victimes de problèmes majeurs. C’était aussi le résultat d’une grosse préparation qui avait été éreintante mais qui portait ses fruits.

    Tu as évoqué une dimension humaine forte sur cette course.

    Le fait d’être suffisamment bien m’a permis de profiter de cette dimension humaine qui transpire dans ce type de course et même chez les cadors. Ils recherchent leurs amis, leurs enfants à l’arrivée, les supporters. Au niveau émotions c’est sympa.

    L’ambiance autour de la course est énorme, c’est un enthousiasme basque, espagnol. Des gens courent avec toi dans les montées, t’encouragent, au départ et à l’arrivée c’est une fourmilière. C’est aussi une super organisation, avec une ville bloquée pour la course livrée aux coureurs, aux accompagnateurs. Les bénévoles sont des connaisseurs du monde de la course cela se sent, ils sont conscients des efforts et des difficultés qu’endurent les participants.

    Qu’est ce qui t’a impressionné sur cet Euskal qui constituait pour toi une première expérience sur un Ultra ?

    Si je regarde les écarts et les performances en ayant moi-même participé, je crois que ce qu’ont réalisé les deux vainqueurs, Jérôme Mirassou et Sergio Luis Tejero l’Espagnol, est impressionnant. Ils ont battu le record de l’épreuve en arrivant avant la nuit, alors que nous qui finissons pourtant pas trop mal classés nous n’arrivons qu’au lever du jour ! … C’est énorme ce que ces gars sont capables de faire !

    Comment étais-tu physiquement après l’épreuve ?

    Après la course, je me sentais bien. Le lendemain j’étais presque fier de moi, de ma préparation : je n’avais aucune douleur … Et puis j’ai coupé pendant une quinzaine  de jours et quand j’ai voulu reprendre avec un peu de vélo, des petits footings, là, …. J’ai vécu l’enfer ! J’étais tendu somme une arbalète ! J’avais des crampes atroces aux ischios, des douleurs aux genoux … Le retour sur Terre devenait moins évident !

    Cet Euskal t’a donné envie de courir d’autres Ultras ?

    Maintenant que j’ai vécu cette première expérience, j’ai envie de courir d’autres ultras, j’ai adoré ! Mais quand je vois des coureurs qui ne courent que sur cette distance, certains avec un niveau sportif bien plus élevé que le mien, je me dis deux choses. D’abord, en termes de préparation, c’est beaucoup trop exigeant, familialement, physiquement… L’accumulation des entraînements, une journée sur deux, sur ton week end, 4 sorties par semaine, je n’ai pas envie de sacrifier ma vie de famille à cette exigence de préparation. Si après une telle course, 4 mois plus tard, tu as un objectif de ce même niveau et que tu repars pour 4 mois avec cette même intensité de préparation, cela veut dire que tu y passes ton année !

    Du point de vue d’autres paramètres, tu avais fait bouger des lignes dans ta préparation ?

    En ce qui concerne mon alimentation, je n’ai rien modifié. Franchement pour mon niveau, même si je fais un régime drastique, je vais gagner quoi ? Une dizaine, une vingtaine de places ? Pour tous les sacrifices engendrés, le jeu n’en vaut pas la chandelle, à mon avis. En plus, je ne pense pas avoir une hygiène de vie trop déplorable, puisque cela me permet de m’entraîner sur ces volumes et de m’engager sur ce type de courses. Je mange normalement, je ne pèse pas mes aliments. Les familles d’aliments, je les travaille quand je les enseigne aux gamins à l’école, mais moi je ne calcule rien. Manger reste un plaisir. Je ne suis pas très épais, je n’ai pas tendance à charger en poids. Certains coureurs font très attention à leur régime, à des phénomènes de surcompensation, à ce qu’ils mangent la semaine avant l’ultra… En ce qui me concerne, je suis à dix mille lieues de ces contraintes !

    Penses-tu avoir des marges de progression au niveau de tes entrainements ?

    Tout est toujours perfectible mais décemment, je ne peux pas faire plus. Je ne veux pas perdre mon équilibre familial. Je peux peut-être travailler du point de vue qualitatif, gommer quelques petits défauts … Mais, si j’avais dû être très bon, je l’aurais déjà été. Je ne suis pas mauvais, je ne suis pas très bon et en tout cas je me sens bien avec mon niveau de performances !

    Tu nous as expliqué que tu ne pensais pas du tout participer à ce type de course lors de tes débuts dans le trail …

    A un moment, pendant la préparation, je me suis demandé si je ne m’étais pas un peu enflammé. Tu rentres d’une sortie de 45 bornes, tu as fait 3000 m de dénivelé positif, tu es bien, tu es content, tu ressens un vrai sentiment de bien être… et puis tu reviens dans ta voiture et là tu te dis, putain, mais le jour de la course  il m’en restera 90 pour finir … et là tu gamberges pour de vrai ! Il me restera encore l’équivalent d’un Oloron / Bayonne avec trois gros cols à courir … c’est énorme !

    J’ai eu un peu ce sentiment quand nous sommes arrivés à la base de vie à Urepel, nous avions couru l’équivalent de la distance du Grand Tour de la Vallée d’Ossau, et là tu te dis, qu’il te reste presque en distance … un autre GTVO… L’année dernière encore, j’étais hyper content de moi d’avoir couru ce trail de montagne pour la troisième fois.Je me disais, c’est beau … Et là, quelques mois après, c’est comme si je cliquais pour les inscriptions sur le site de Pyréneschrono pour en courir deux d’affilée !!!

    En même temps, je pense que c’est important d’avoir ce type de réflexions. Je pense que dans la course à pied, maintenant, la distance est banalisée. Comme je l’ai dit, pendant la préparation, à plusieurs reprises, je me suis demandé si je ne m’étais pas vu trop beau. Des coureurs passent sur des distances énormes sans aucun palier, sans avoir l’air de réaliser les sauts que cela implique au niveau de l’implication, de la préparation.

    Les médias ont banalisé des performances qui étaient de l’ordre de l’extraordinaire. Il ne faut pas se leurrer, le nombre des abandons est énorme. Tu peux bien sûr invoquer la température, les conditions climatiques, tu as aussi les coureurs qui sont été victimes d’un accident, d’un souci de santé, mais la plus grande partie de ces abandons, tu peux l’imputer à un manque d’appréciation de la difficulté objective de l’épreuve. Tu as bien sûr des gars qui sont victimes de défaillance alors qu’ils étaient prêts mais la plupart sont des victimes de l’effet Killian Jornet et autres ultra traileurs de très haut niveau dans les médias. Quand tu regardes leurs vidéos, tout parait si facile …

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