Auteur

Sportagora

    Olivier Couilhen : j’ai couru le MIUT

    La dernière édition du Madeira Island Ultra Trail, s’est tenue le 20 novembre dernier, Olivier a participé au 85 km qui propose 4700 m de dénivelé. Cette course qui attribue 4 points au classement ITRA est qualificative pour le UTMB World Séries 100 km. Le parcours culmine à pratiquement 2000 mètres d’altitude au Pico Ruibo, alors que le départ et l’arrivée s’effectuent au niveau de l’Océan.

    Un Ultra de 115 kilomètres (7100 m D+) est également proposé, qualificatif pour la Western States 2023 et l’UTMB World Séries.

    Le site officiel de l’organisation : https://www.miutmadeira.com/fr/

    Olivier, comment as-tu fait ce choix de courir à Madère ?

    A l’origine, c’est Jérôme Mirassou qui m’a conseillé cette course. Lors de l’arrivée du Grand Tour de la Vallée d’Ossau, ma fille de neuf ans avait couru les derniers mètres avec moi. Elle avait les yeux qui brillaient. J’avais trouvé ça très sympa. J’avais demandé à Jérôme de me conseiller une course intéressante à courir dans un cadre qui ne me soit pas habituel et qui puisse constituer un but pour une petite aventure familiale.

    Nous sommes partis ensemble, ma femme et mes filles, avec un couple d’amis. Ce type de projets, cela aide aussi la famille à mieux passer le cap des entraînements, donc du temps passé hors de la maison, tout ce temps de préparation, et il y en a eu …

    Madère est une île magnifique cela a été une destination superbe pour des vacances. Ma fille suivait le calendrier de ma préparation. Ils ont réussi à rejoindre les deux principaux ravitaillements et ont donc pu vivre la course de l’intérieur. Ils accédaient aussi au LIVE et pouvaient suivre ma progression entre les différents points clés.

    Le MIUT est maintenant bien installé dans le calendrier des grands trails internationaux.

    Tu vois que c’est une organisation vraiment très professionnelle. Cette course fait partie des Word séries. Il y avait des coureurs du monde entier au départ des différents parcours. C’est l’occasion de croiser certaines des plus grosses « pointures » du trail mondial.

    Tout est très pro. Dès que tu as finalisé ton inscription, l’organisation t’appelle régulièrement pour tout ce qui est administratif, ils te fournissent des coordonnées de locations de voitures avec des réductions, des adresses pour des appartements, des hôtels, des hébergements.

    Lors de la remise des dossards, le kit qui est fourni est très complet. La présentation de la course est très précise. Avant le départ, tu peux préparer des affaires de rechange qui te sont acheminées sur un ravitaillement. Pour ce qui est du balisage, tu as des balises bien visibles, avec des catadioptres qui illuminent quasiment le parcours parce que tu en as presque tous les 20 mètres. Tu ne peux pas te perdre ! sur les balises sont notées des codes qui permettent de se situer très rapidement en cas de problème.

    Quelles conditions de course as-tu connues ?

    La météo a été plutôt favorable : le temps était un peu couvert, il ne faisait ni trop chaud ni trop froid, même si en altitude je me suis un peu couvert parce que je supporte de moins en moins le froid … froid. Mais les jeunes coureurs restent en débardeurs !

    Le Pico Ruibo tu es quand même en altitude. Il y avait du brouillard, c’était un peu frisquet !

    Je ne regrette pas ce choix. Même avec le recul, tous les paysages par lesquels tu passes sont luxuriants : il pleut pas mal sur l’île. Tu traverses des forêts. Tout est aménagé, tu as des passages carrelés, des montées aménagées avec des rondins. Il n’y a pas un mètre de sentier où ils n’ont pas mis le nez ! Il y avait notamment des passages en crête au-dessus de falaises, qui étaient carrément dallés, c’est assez incroyable !

    Ce sont des sentiers de randonnées qui doivent être très fréquentés. Tu as plein d’endroits sur lesquels tu montes, tu trouves un belvédère. Tout est fait pour mettre ces paysages et ces territoires en valeur. C’est ultra touristique. En pleine montagne tu as des points de vues extraordinaires. Je pense que l’activité numéro une de l’île c’est le tourisme.

    Quelle avait été ta préparation ?

    Franchement, je pense que j’avais fait une grosse préparation. Le volume a été important pour moi : 900 bornes et 52 000 mètres de dénivelés. C’est toujours Jérôme Mirassou qui me coache. Il doit avoir un groupe de 10, 15 coureurs maintenant … je suis peut-être celui avec lequel il a le plus de difficultés … je ne suis pas toujours facile à gérer !

    Le début de saison s’articulait autour d’un travail de fractionné avec le 10 km de Pau pour finaliser ce bloc. Ensuite, une montée en volume, tranquille, avec des séances basées sur des variations de rythme et des sorties de 4 à 6 heures le week end avec des intensités différentes, par exemple sur des enchaînements de montée sur le Trône du Roi, à l’entrée de la Vallée d’Aspe. Le but était d’assimiler d’assez gros dénivelés et d’enchaîner des montées et descentes. A l’approche de la date de la course, deux semaines avec une forte augmentation du volume d’entraînement, des séances en triangle de 2H30, des sorties vélo de 3 heures en complément et des sorties montagne de plus de 5 heures. Deux semaines avant la course, diminution du volume et la dernière semaine un entretien tranquille.

    Tu t’entraînes toujours tout seul ?

    Non, j’arrive sur certaines séances à me préparer avec d’autres coureurs suivis par Jérôme. Cet effet de groupe, je le trouve vraiment génial. Tu as de l’émulation, ça chambre un peu. Tu as des « vieux » comme moi, mais aussi des petits jeunes avec de gros potentiels. Les gars sont globalement sérieux, mais ils ne se prennent pas au sérieux. Il y a de très bons coureurs dans ce groupe. Par exemple Ghislain, qui va courir l’Eskual avec Laura Vignot, il a commencé en même temps que moi, nous avons quasiment le même âge, mais il a eu une progression beaucoup plus forte que moi.

    Sur les entraînements, on peut avoir des sessions en commun ; une trame qui peut être partagée, mais nous n’avons pas les mêmes objectifs, les mêmes potentialités. Par exemple, sur une séance triangle, le dispositif était le même, mais nous n’avions pas tous le même nombre de répétitions et les mêmes temps de récupération. Nous nous sommes tous préparés au même endroit sur une même thématique de travail. C’est plus sympa que de se « fader » la même séance tout seul !

    Cet effet de groupe dans un sport individuel comme la course, l’athlétisme, contrairement à un sport collectif comme le rugby, le fait que ce soit individuel, si tu perfes en dessous de l’autre, cela ne biaise pas la relation avec les autres membres du groupe d’entraînement. Là où au rugby, si tu fais un très mauvais match, si tu es le maillon faible de l’équipe … il peut y avoir des tensions ! Sur la course à pied, ta perf, ça reste ton problème !

    Sur ce MIUT, la distance était-elle une découverte pour toi ?

    J’ai couru le 85 km. Il y avait aussi un 115 km qui effectue la traversée intégrale de l’île.

    Non, cette distance n’était pas vraiment une découverte. J’ai couru deux fois le Grand Tour de la Vallée d’Ossau, qui fait 75 km ; soit 10 kilomètres de moins que le MIUT, mais cet écart n’est pas significatif, d’autant plus que les dénivelés sont presque identiques. A Madère, sur 40 bornes, tu prends 4200 m de dénivelé soit quasiment l’ensemble des montées sur la première partie. Ensuite tu as 20 bornes de descente. Mais c’est de la descente sympa.

    Sur la fin du parcours, tu reprends 800 mètres. Et ça c’est un peu le regret, parce que tu as couru en montagne, tu arrives sur la côte, avec des paysages fabuleux, et ils te font remonter en suivant le fil de falaises. Ce doit être merveilleux, mais moi, à l’heure à laquelle je suis passé … il faisait nuit !

    Pour l’arrivée, c’est très beau, tu suis des canaux d’irrigation très anciens, c’est quasiment plat, tu vois la ville d’arrivée en bas et jamais tu en termines… Et puis le cheminement plonge et, d’un coup, tu es dans la ville. C’est génial, ce moment-là !

    Est-ce que tu as été en difficulté pendant la course ?

    Franchement oui. J’étais très bien préparé physiquement. Je me suis fait avoir par rapport à la règle numéro 1 : tu n’essaies pas un truc nouveau pendant ta course … Je me suis « flambé » le ventre avec une boisson énergisante fournie par l’organisation.

    Dès avant le 40ème kilomètre, je n’ai presque pas pu m’alimenter. J’ai tout essayé : la compote me vrillait le ventre, alors que j’en mange des kilos et des kilos en entrainement et en course. J’ai essayé les pâtes, les chips, aux ravitaillements. J’ai tout essayé, rien ne passait !

    Je m’en veux vraiment parce que j’avais eu une petite alerte avec une compote de tomates salée que j’avais découverte le jour d’une course en me disant que ça allait être bon et qui n’était pas passée non plus. Sur tous mes entrainements, je suis calé sur des choses qui me vont parfaitement bien : pompote, riz au lait, sandwich jambon blanc … je n’ai jamais aucun problème !

    Sur des entraînements au Trône du Roi (800 m D+), j’ai enchaîné 4 montées et j’étais bon pour la cinquième, en m’alimentant de cette manière, je n’ai eu aucun problème. Il faut que je fasse cette c… le jour de la course !

    Jérôme m’avait conseillé de prendre des bananes, c’était super bon ! même si à l’origine elles ne faisaient pas très envie. J’en ai mangé sur le début de la course et c’était très bien.

    Mais globalement, comme je l’ai dit, ma préparation était top ! Le marqueur qui montre que j’étais bien, c’est qu’à aucun moment je me suis dit, il faut que je m’arrête. Jamais je n’ai saturé, je ne me suis pas demandé, mais qu’est-ce que tu fiches là ?

    Quelle était l’ambiance sur la course ?

    Les spectateurs étaient super chaleureux. Dans tous les villages tu es très bien accueilli, au niveau des ravitaillements, c’est Byzance. Cela ne fait que renforcer ce que je disais tout à l’heure sur la qualité de l’organisation.

    Et l’ambiance entre coureurs ?

    Le MIUT est une compétition relevée avec notamment la présence de coureurs de niveau mondial … mais ceux-là, je les ai côtoyés sur la ligne de départ … L’ambiance est très sympa. Les gars te laissent passer facilement ou te sollicitent très simplement pour que tu t’écartes. Au début, j’étais super bien, je devais être dans les 100. Honnêtement, avant de commettre mon erreur au ravitaillement, j’étais sur des niveaux d’intensité de course bien maîtrisés, je remontais des places, j’étais très à l’aise. Et même là, dans les 100 premiers c’est très cool, ça discute, ça s’encourage.

    Du point de vue de ton organisation, mis à part ce souci dans ton alimentation pendant la course, tu es content de ce qui s’est passé ?

    Ce que je crains le plus, c’est de ne pas être bien équipé et de subir toute la course, parce que tu as froid, parce que tu es trempe. A Madère, j’ai pris peur parce que la météo annoncée était bien cata : pluie, froid … J’étais en panique, je n’avais pas amené d’équipements pour ce type de temps. J’ai appelé Jérôme, je lui ai demandé si je ne devais pas acheter une doudoune ! Finalement comme je l’ai dit, les conditions de courses n’ont pas été si mauvaises. Mais il faut vraiment anticiper les caprices de la météo en prévoyant des équipements adaptés aux variations climatiques.

    Le timing sur l’île était très confortable avec une arrivée le jeudi, soit deux jours avant la course. Un repérage le vendredi, la course le samedi. Les jours suivants, jusqu’au départ le jeudi, j’ai pu profiter des visites et des découvertes de l’île en famille. J’avais très bien récupéré.

    Après cette expérience à Madère, quels sont tes objectifs ?

    Alors, cette année c’était 50 ans, 5 courses …la Montanaspe, dans la magnifique Vallée d’Aspe avec une super organisation. L’Eskual Trail, dont le 130 kilomètres me tente bien, mais le fait de passer la nuit dehors me fait peur … est ce que j’en aurais la force et la motivation ? Le Grand Tour de la Vallée d’Ossau, c’est la course que je ne lâcherai pas, c’est un parcours génial. Les Templiers, que je ne connais pas, une course historique, qui fait partie des trails mythiques. Mais je ne sais pas si c’est une course pour moi, parce qu’il y a beaucoup de relances, avec des paysages magnifiques qui me font envie.

    La question en suspens c’est : est-ce que je me fais mal pour faire un 100 kilomètres ? La Réunion, ce sera non. C’est difficile à organiser pour les vacances en famille. Le 100 km sur le Mont Blanc, la CCC, c’est fin aout, ça peut être sympa en famille. Il y a aussi l’UTRB, c’est au mois d’octobre à l’ile Maurice. Au niveau de l’objectif de l’aventure familiale, cela pourrait ressembler à ce que nous avons vécu cette année à Madère.

    Cette idée d’allier la course à pied et la découverte, me plait bien aussi. Découvrir des territoires inconnus en profitant de l’organisation de grands trails c’est sympa. Il y a des courses aux Etats Unis qui m’attirent, comme m’attirent des coins comme le Pays de Galles, l’Irlande. J’ai un très bon copain qui est au Vietnam, cela me fait bien envie aussi.

    Pour en savoir plus sur les courses évoquées par Olivier :

    La Montan’Aspe :

    https://www.trail-montanaspe.com/

    Le Grand Tour de la Vallée d’Ossau :
    https://www.gtvo.fr/

    L’Euskal Trail :

    http://www.euskalraid.com/

    Les Templiers :
    https://www.festivaldestempliers.com/

    La CCC, une des courses de l’Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB) :

    https://utmbmontblanc.com/fr/page/21/21.html

    0 commentaire
    0 FacebookTwitterLinkedinWhatsappEmail
Plus récents